Le 21 octobre 2017, le Réseau syrien pour les droits de l’homme (SNHR), une organisation indépendante dont l’Organisation des Nations unies utilise les données sur les victimes, a publié un rapport sur des violations commises par Hayat Tahrir al-Cham (HTS) dans la province d’Idleb entre la mi-juillet et la fin août 2017. 1 HTS avait été formé plus tôt cette année-là, avec Ahmed al-Charaa, alors connu sous le nom d’Abou Mohammed al-Joulani, comme dirigeant le plus en vue. 2 Le rapport tient HTS pour responsable en tant qu’organisation et ne nomme aucun de ses commandants ; cet article fait de même. Le SNHR l’a fondé sur son propre suivi et sur quatre témoignages recueillis directement auprès de survivants. 1
La prise de contrôle
Étayé par des sources indépendantes
- 14 juillet 2017 : HTS affronte Ahrar al-Cham dans la province d’Idleb et prend le village de Tal al-Touqan le même jour. 1
- 18 juillet : il prend Iblin, Hazarin et al-Habit dans le sud ; les combats s’étendent à Salqin, Harem, Sarmada et al-Dana. 1
- 22-23 juillet : les forces de HTS encerclent le poste-frontière de Bab al-Hawa, à la frontière turque. Aux termes d’un accord, Ahrar al-Cham se retire du poste-frontière puis de la ville d’Idleb, laissant HTS contrôler environ 60 % de la province. 1
- La Turquie ferme ensuite Bab al-Hawa pendant plusieurs jours, provoquant une grave pénurie de farine ; lorsque le poste rouvre partiellement, les matériaux de construction et d’autres marchandises restent interdits et les prix augmentent. Le 10 août, le ministre turc du Commerce déclare que la circulation des marchandises sera restreinte parce que le côté syrien est contrôlé par une organisation terroriste. 1
Meurtres
Étayé par des sources indépendantes
Le SNHR a documenté au moins 10 civils tués par HTS pendant la période, dont deux enfants, deux personnes mortes sous la torture et un militant des médias. HTS a utilisé des chars et des roquettes dans son offensive et mené plusieurs attaques indiscriminées contre des camps abritant des personnes déplacées, notamment à Deir Hassan, dans le nord d’Idleb, tuant des civils déplacés ; les blessés n’ont pas pu être évacués parce que HTS avait fermé les routes. Le 19 juillet 2017, des membres de HTS ont attaqué une manifestation à Saraqeb appelant à la fin des combats entre HTS et Ahrar al-Cham ; un militant des médias qui y participait a été abattu. 1
Arrestations, disparitions et convocations
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- Le SNHR a recensé au moins 82 personnes arrêtées par HTS pendant la période couverte : 27 civils et 55 combattants. 1
- Les personnes visées comprenaient des militants des médias et des travailleurs humanitaires qui avaient critiqué HTS sur les réseaux sociaux ; certains ont été pris dans des embuscades. Lorsque HTS ne trouvait pas un militant recherché, il détenait ses proches pour le contraindre à se rendre, une pratique que le SNHR compare à celle des forces du gouvernement Assad. 1
- Le SNHR dresse la liste de détenus, parmi lesquels un civil de 69 ans arrêté pour avoir insulté un membre de HTS et un officier ayant fait défection de l’armée syrienne, qui ont été emmenés vers des lieux inconnus ; leur sort était inconnu du SNHR et de leurs familles au moment de la publication du rapport. 1
- Les personnes que HTS ne pouvait pas arrêter, notamment des femmes qui avaient manifesté contre lui, étaient convoquées devant ses tribunaux de la charia. À Mar’ayan, la « police islamique » de HTS a convoqué sept femmes qui avaient participé à une manifestation demandant à HTS de quitter le village. 1
Selon un témoignage
Un journaliste arrêté le 21 juillet 2017 a déclaré au SNHR qu’il avait été détenu les yeux bandés à l’isolement pendant deux jours, accusé de travailler pour un média laïque au service de l’Occident, et menacé d’être transféré à la prison d’al-Uqab, qu’il a décrite comme tristement célèbre et très semblable aux centres de détention du gouvernement Assad. Il a ensuite été détenu pendant quatre jours avec environ 94 détenus dans une cellule d’environ 4 × 6 mètres, libéré après une médiation à condition que son procès se poursuive, et menacé d’une nouvelle arrestation s’il parlait publiquement. Il a appris plus tard que le prédicateur de sa ville l’avait nommé dans un sermon du vendredi et avait appelé à son exécution, puis il est parti en Turquie. 1
Incitation contre les militants
Étayé par des sources indépendantes
Le SNHR a recensé des prédicateurs de mosquées affiliés à HTS nommant dans leurs sermons du vendredi des militants connus pour leur opposition au groupe et appelant à leur exécution et à leur châtiment. Il indique que l’ampleur des violations et l’incitation ont poussé de nombreux militants locaux à se cacher ou à fuir vers la Turquie, par crainte d’être tués ou victimes de disparition forcée. 1
Raids contre des organisations d’aide et des tribunaux
Étayé par des sources indépendantes
- Le SNHR a documenté des raids contre au moins six centres d’organisations de secours, pour la plupart le 22 juillet 2017, au motif qu’ils appartenaient à des factions combattant HTS. Des stocks d’aide ont été emportés vers des lieux inconnus, des employés ont été détenus et interrogés, et des gardes ont été battus et visés par des tirs. 1
- À Sarmada, des membres de HTS ont perquisitionné les bureaux du Comité d’action humanitaire dans le nord de la Syrie, blessant trois travailleurs et détenant du personnel, et ont vidé les bureaux et les entrepôts de l’organisation des Mains blanches et d’un autre groupe de secours. À Saraqeb, ils ont saisi les entrepôts de l’association Ihsan Saraqeb ; à Salqin, ils ont confisqué le bâtiment de l’association al-Manal. 1
- Le 27 juillet 2017, HTS a pris le contrôle du tribunal islamique de Maaret al-Nouman après avoir contraint son président à démissionner ou à travailler sous son autorité. 1
Selon un témoignage
Un magasinier a déclaré au SNHR qu’un commandant de HTS avait ordonné que les stocks de son organisation soient chargés sur des camions, l’avait fait traîner dehors et battre, et lui avait dit : « Si j’entends encore ta voix, tu vaux une balle. » 1
La conclusion juridique du SNHR
Étayé par des sources indépendantes
Parce que HTS contrôle un territoire et une population et dispose d’un organe politique et d’une structure largement hiérarchique, le SNHR estime qu’il est tenu par le droit international des droits humains. Il conclut que HTS a commis des violations généralisées par des arrestations, des disparitions forcées et la saisie de biens, et a violé le droit international humanitaire par des bombardements indiscriminés ayant tué des civils. Il décrit Jabhat Fateh al-Cham (ex-al-Nosra) comme la principale composante de HTS et le dirigeant de facto de ses opérations, et affirme qu’une rupture verbale avec al-Qaïda ne suffit pas sans changement pratique. 1
Sept ans plus tard
Des informations faisant état de pratiques similaires se sont poursuivies. En 2019, Human Rights Watch a documenté des arrestations arbitraires et des actes de torture par HTS à Idleb. 3 En 2024, la mort d’un détenu sous la torture dans une prison de HTS a déclenché des manifestations à Idleb, et al-Joulani a promis de restructurer la force de sécurité chargée des prisons. 4 Lire sur l’« affaire des agents » de 2024
Ce que cela établit, et ce que cela n’établit pas
Le rapport documente le comportement de HTS en tant qu’organisation à une époque où Ahmed al-Charaa le dirigeait. Il ne nomme aucun commandant individuel et ne permet pas, à lui seul, d’établir la responsabilité pénale personnelle de quiconque. Al-Charaa dirige désormais l’autorité de facto. 1 5
Hayat Tahrir al-Cham · Profil : Ahmed al-Charaa · Prison d’al-Uqab
Personnes citées dans cet article
Sources
- ONG de défense des droits humains انتهاكات واسعة لهيئة تحرير الشام في محافظة إدلب (Hay’at Tahrir al-Sham commits wide violations in Idlib governorate) — Syrian Network for Human Rights (SNHR), 21 octobre 2017
Note: Arabic report, 13 pages; covers mid-July to end of August 2017. English summary: https://snhr.org/blog/2017/10/21/47854/ - Source officielle Country Reports on Terrorism 2014: Al-Nusrah Front (split from ISIS and al-Nusra’s trajectory) — U.S. Department of State
Note: Covers events up to 2014. Guide v0.2 also cites it for 2016-2017 events; a later source is needed for those. - ONG de défense des droits humains Syria: Arrests, Torture by Armed Group — Human Rights Watch, 28 janvier 2019
- Presse Syrians missing, dying from torture in jihadist-run prisons — Al-Monitor (AFP), 26 mars 2024
- Source officielle UN Secretary-General’s daily schedule and UN records on the transitional authorities — United Nations, 24 juillet 2026
